L’agence de notation Fitch a chiffré à 2 200 milliards d’euros le montant que les Etats d’Europe occidentale devront emprunter sur les marchés en 2010. Cette estimation couvre les pays de l’ex UE des 15 et la Suisse. Pour l’agence, il s’agit d’un record, correspondant à 19 % du PIB cumulé de ces 16 pays. Cette somme, qui représente environ 5 500 euros par habitant, correspond aux besoins des Etats pour financer leur déficit, payer les intérêts des dettes passées et rembourser les montants des emprunts qui arrivent à échéance.
Si l’on regarde plus en détail les chiffres publiés par Fitch, l’on constate que c’est la France qui occupera, en valeur absolue, la première place avec 454 milliards d’euros suivis par l’Italie 393 milliards, l’Allemagne 386 milliards et le Royaume Uni 279 milliards.
Il est à noter aussi qu’en valeur relative du PIB, quatre pays se situent autour de 25 %. Il s’agit de l’Italie, la Belgique, la France et l’Irlande.
Ces sommes records sont en partie liées aux très forts déficits budgétaires des Etats, mais aussi au fait qu’ils ont privilégié, ces dernières années, les émissions de dettes à courte échéance. Les taux à court terme sont bien plus faibles que ceux à moyen et long terme et cela évite, pour l’instant, aux Etats de payer trop d’intérêts. Par contre cette politique nécessite de revenir plus souvent sur les marchés, ce qui rend les Etats plus exposés aux variations de taux d’intérêt et aux stratégies des spéculateurs. Une politique d’emprunt à court terme est judicieuse si l’on est en capacité de rembourser à l’échéance or, pour les Etats, les prévisions des déficits budgétaires indiquent l’inverse.
La réponse des Etats à la crise financière a été un transfert des dettes privées vers le secteur public. Par cette action, le piège s’est refermé sur les Etats et ils sont maintenant plus que jamais dépendant du bon vouloir des marchés financiers. En 2008, les marchés financiers se sont retrouvés au bord de l’implosion, en 2010 ils se retrouvent en situation de force comme jamais ils ne l’ont été. Maintenant la finance peut jouer à sa guise avec une nouvelle bulle, celle des dettes souveraines. Sans une reprise en main puissante de la finance internationale par les Etats, c’est l’aliénation totale qui les guette et par là même celle des peuples qui les composent.


